Une entreprise déploie en moyenne 101 applications, d'après le rapport Businesses at Work 2025 d'Okta. Depuis qu'un agent sait travailler dedans à votre place, une ligne de votre budget logiciel devient difficile à défendre : celle des abonnements que plus personne n'ouvre.
Clippy avait l'idée, pas les moyens
En 1997, Microsoft glisse un trombone dans Word. Clippy voit que vous écrivez « Cher Monsieur », mais il ignore à qui vous écrivez, pourquoi, et ce que vous attendez de cette lettre. Il devine mal et au mauvais moment, les utilisateurs s'en moquent tellement que Microsoft finit par le désactiver.
Ce qui lui manquait, c'était le contexte et le droit d'agir. Les deux existent depuis peu : des modèles capables de tenir une demande formulée en langage courant, et depuis novembre 2024 un protocole ouvert, le MCP, qui standardise la connexion entre un modèle et vos logiciels. Un agent peut donc lire votre CRM, votre base de projets et vos analytics sans qu'on redéveloppe une intégration pour chaque paire d'outils, ce qui déplace aussi la façon dont votre site doit être préparé pour les agents.
Le siège coûte le même prix qu'on l'utilise ou non
Le SaaS a réglé un vrai problème en 2000. Plus de licences à racheter tous les trois ans, plus de serveurs à maintenir, une facture prévisible. En échange, chaque besoin a reçu son application, son abonnement et sa base de données, jusqu'à ces 101 applications de moyenne.
Regardez le trajet d'un prospect. Il vous écrit, vous recopiez son nom dans le CRM, vous cherchez son entreprise ailleurs, vous créez une tâche, vous ajoutez un rendez-vous, vous prévenez l'équipe. Chaque outil fait correctement son travail. Le passage de l'un à l'autre, c'est vous qui le faites, et il n'apparaît sur aucune facture.
Comme la facturation se fait au siège, un compte ouvert trois fois par mois coûte exactement le même prix qu'un compte ouvert trois fois par jour.
Stripe met 7,5 milliards sur la plomberie des tokens
Le 19 août 2026, Stripe a annoncé le rachat d'OpenRouter, la passerelle qui répartit les requêtes entre plus de 400 modèles et plus de 80 fournisseurs. Le New York Times a cité un prix d'environ 7,5 milliards de dollars, pour une société valorisée 1,3 milliard trois mois plus tôt.
Patrick Collison a résumé le raisonnement : les tokens sont devenus la monnaie centrale des entreprises qui construisent avec l'IA, et la rentabilité se joue sur la façon de les dépenser. Stripe avait déjà lancé Token Billing pour mesurer et refacturer cet usage.
La conséquence vous concerne directement. Un éditeur dont le produit fait travailler un modèle paie à chaque demande, donc il ne peut plus vous vendre cent sièges dormants sans coût supplémentaire. Et vous n'avez plus de raison d'en acheter cent.
Le signal Airtable
Le 4 août 2026, Bending Spoons a signé le rachat d'Airtable pour une valeur d'entreprise de 1,285 milliard de dollars, soit environ 2,25 milliards en valeur des capitaux propres une fois la trésorerie intégrée. La société affichait pourtant 480 millions de dollars de revenus récurrents annuels en juin 2026, en croissance de plus de 20 % sur un an.
La comparaison honnête, c'est donc 2,25 milliards aujourd'hui contre 11,7 milliards au pic de 2021. Un demi-milliard de revenus récurrents et une croissance à deux chiffres ne suffisent plus à défendre le multiple d'avant, alors que c'est exactement le profil qu'on payait le plus cher il y a cinq ans.
Trois questions à poser à chacun de vos abonnements
- Vos données sortent-elles ? API documentée, export complet, connecteur exploitable. Si la réponse est non, vous ne louez pas un outil, vous louez l'accès à vos propres données.
- Combien de licences ont été ouvertes le mois dernier ? Le chiffre, pas le ressenti. C'est la ligne la plus rentable à couper dans un budget logiciel.
- Qu'est-ce que l'outil vous apprend à faire ? Linear vend une façon précise de conduire un cycle produit, avec très peu de réglages possibles. Un logiciel qui impose une bonne méthode garde sa valeur même quand un agent sait cliquer à votre place.
Ce que je fais de mon côté
Sur Harmonia, mon application familiale, je lis les entonnoirs d'activation depuis une fenêtre de conversation branchée sur l'outil d'analytics. Je n'entre plus dans le tableau de bord que pour vérifier un chiffre.
Sur Coddy, nos jeux d'exploration urbaine dans 9 pays, le flux tourne sans nous de la réservation jusqu'aux instructions de jeu, et 10 % des dossiers demandent un contact humain.
Ces outils sont toujours là et toujours payés. J'ai arrêté de les ouvrir pour les tâches qui n'avaient pas besoin de moi.
Par où commencer
Commencez par une cartographie plutôt que par une vague de résiliations : ce que vous payez, ce que vous ouvrez vraiment, ce qui est accessible à un agent et ce qui reste enfermé derrière un écran. Les doublons se voient tout de suite. Si vous voulez comprendre où mène cette bascule côté client final, elle a un nom, le modèle B2A2C.
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